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===TEDx 2017===
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=== « Choisir d'être heureux est un acte de résitance politique. »  TEDx 2017 ===
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Cf. https://les-jours-heureux.fr
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!Transcription
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<poem>
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Traducteur: Marie VI Relecteur: eric vautier
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La désobéissance, je suis tombé dans la potion
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il y a déjà pas mal de temps,
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et notamment quand j'avais 20 ans,
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puisque j'étais en 68 dans un lieu qui a joué un rôle important,
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puisque c'était la cité universitaire et la faculté de Nanterre.
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Et je suis toujours resté marqué par les idéaux de 68,
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à la différence de beaucoup de mes camarades de l'époque.
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Ce sont des idéaux qui ont continué à me faire vibrer,
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qui me paraissent même d'une étonnante actualité,
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à une époque où, précisément à cause des enjeux écologiques,
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nous avons impérativement besoin
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de changer de mode de production, de consommation, de mode de vie.
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Eh bien oui, l'alternative au « métro boulot dodo »,
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l'alternative à la société de consommation, de compétition,
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me semble toujours actuelle.
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Et puis en même temps, et probablement, c'est le bénéfice de l'âge,
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puisque l'année prochaine, je n'aurai plus 20 ans, j'en aurai 70,
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ce sera les 50 ans de cette année 68 qui n'a pas été seulement française
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parce que 68, ça a été une fracture mondiale,
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d'est en ouest, du nord au sud.
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Rappelons-nous le Viêt-Nam, la Tchécoslovaquie, Berkeley, etc.
 +
Et en même temps, je fais retour sur mes idéaux de 68
 +
et je me pose cette question : qu'est-ce qui a manqué ?
 +
Et qu'est-ce qui a manqué, y compris dans ma propre vie personnelle ?
 +
Parce que je me souviens, qu'à la fois,
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je vivais l'intensité de cette prise de parole,
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de cette aspiration à changer le monde, à changer la vie.
 +
Et en même temps, quelque chose ne tournait pas rond.
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Ce qui ne tournait pas rond, c'est que,
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ce qui me passionnait intérieurement
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qui était la question du rapport à l'amour,
 +
la question du rapport au bonheur, la question du rapport au sens,
 +
eh bien, quand je me tournais autour de moi
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vers mes camarades révolutionnaires,
 +
on me disait : « Mais non, ça, c'est petit bourgeois.
 +
Tu n'as pas le droit de mettre au centre ces questions-là,
 +
ce ne sont pas des questions politiques,
 +
ce ne sont pas des questions collectives. »
 +
Eh bien, d'une certaine façon, aujourd'hui, je dis : « Si ! »
 +
Et je dis d'autant plus « si » que, si je reprends
 +
une grande question qui est au centre de nos enjeux, de nos résistances,
 +
de nos débats actuels,
 +
surtout après l'irresponsabilité écologique de Donald Trump
 +
et son refus d'accepter l'accord de Paris,
 +
qui est ce fameux problème du dérèglement climatique.
 +
Cet enjeu du dérèglement climatique,
 +
il n'est pas simplement du côté du réchauffement,
 +
il n'est pas simplement du côté de sa version écologique.
 +
Il a une double face, le dérèglement climatique.
 +
Et cette autre face,
 +
c'est, comme le dit mon ami Abdennour Bidar,
 +
la face de la glaciation.
 +
De la glaciation émotionnelle et relationnelle.
 +
Il fait froid dans nos sociétés de compétition et de consommation.
 +
Et on comprend bien le lien direct entre ces deux aspects, parce que,
 +
plus nous sommes dans la dépression, plus nous sommes dans la solitude,
 +
et plus nous compensons par la consommation,
 +
par la boulimie d'énergie.
 +
Et donc nous ne pouvons combattre, aussi bien personnellement que collectivement,
 +
contre la version écologique du réchauffement climatique,
 +
que si nous combattons aussi
 +
contre la glaciation relationnelle et émotionnelle.
 +
Mais à ce moment-là, nous avons besoin, effectivement,
 +
comme le dit Pierre Rabhi,
 +
d'aller vers des sociétés plus frugales, vers des sociétés plus sobres.
 +
Mais encore faut-il que cette sobriété soit heureuse,
 +
sinon nous sommes dans la situation
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de proposer un sevrage à un toxicomane.
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S'il n'a pas une espérance positive,
 +
il préfèrera encore rester avec son addiction.
 +
Alors oui !
 +
Comment cette sobriété peut-elle être heureuse ?
 +
Cela veut dire que cette question du bonheur,
 +
cette question de l'amour, cette question du sens,
 +
parce que les trois vont ensemble,
 +
il nous faut les replacer aussi bien au cœur de nos vies personnelles
 +
qu'au coeur de nos projets collectifs.
 +
Seulement là, patatras !
 +
Parce qu'il suffit de regarder les expressions populaires
 +
à propos du rapport à l'amour, à propos du rapport au bonheur,
 +
à propos du rapport au sens,
 +
pour comprendre qu'il y a un énorme problème.
 +
Parce qu'effectivement, quelles expressions utilise-t-on
 +
quand nous devenons amoureux, quand nous devenons amoureuses,
 +
on tombe amoureux.
 +
Quand une femme va donner la vie, elle tombe enceinte.
 +
L'amour est associé à la chute. (Rires)
 +
C'est Hervé Bazin qui, à propos de la durée, parce qu'à la rigueur,
 +
on accepte que l'amour soit dans un temps éphémère
 +
mais dès que ça se prolonge, c'est la catastrophe.
 +
Hervé Bazin, dans « Le matrimoine », disait :
 +
« Avant de nous marier, nous sortions ensemble,
 +
aujourd'hui, nous rentrons. » (Rires)
 +
C'est dire que la perspective de l'amour n'a rien de particulièrement séduisant.
 +
Le bonheur, c'est la même chose.
 +
Le bonheur est associé à l'ennui.
 +
Rappelons-nous les contes de fées :
 +
ils furent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants.
 +
Il ne se passe plus rien. Fin de l'histoire.
 +
C'est vrai sur le plan personnel, mais c'est pareil sur le plan collectif.
 +
Les peuples heureux n'ont pas d'histoire.
 +
Alors, oui !
 +
Si le bonheur est associé à l'ennui, on comprend bien
 +
que seul le malheur est porteur d'intensité.
 +
Et ça n'est pas par hasard
 +
si les médias dominants surfent en permanence sur ce sentiment-là.
 +
Donc du côté de l'amour : problème. Du côté du bonheur : problème.
 +
Du côté du sens : ce n'est pas mieux.
 +
Le sens de la vie est tellement essentiel
 +
aussi bien dans nos vies personnelles que collectives,
 +
que dès qu'on se voit un sens concurrent, on se sent menacé.
 +
Et du même coup,
 +
le sens dans l'histoire humaine est très souvent associé à la guerre :
 +
les guerres du sens,
 +
les guerres de religion, les guerres idéologiques.
 +
Alors ça peut prendre des proportions absolument terribles,
 +
parce que c'est la cause suprême.
 +
Au nom de cette cause, il n'y a même pas les amortisseurs
 +
de l'intérêt, du pouvoir, de l'argent, etc.
 +
Au nom de cette cause, on peut en arriver à tuer.
 +
Le fameux cri de Simon de Montfort au moment des guerres de religion en France :
 +
« Tuer les tous et Dieu reconnaîtra les siens »
 +
est un cri qui a traversé toutes les latitudes,
 +
toutes les périodes.
 +
C'est encore au nom de ce cri
 +
que des semeurs de terreur vont porter la mort.
 +
Alors, là aussi, si le sens est associé à la guerre,
 +
est-ce que cela veut dire que nous sommes condamnés
 +
comme l'évoquait le philosophe Blaise Pascal,
 +
au divertissement ?
 +
Si, effectivement, le choix de l'essentiel,
 +
le choix de mettre en œuvre des rêves
 +
nous conduit en réalité au cauchemar :
 +
vive l'inessentiel, vive le futur, le futile !
 +
Consommons ! Baisons ! Zappons !
 +
Mais en aucun cas, ne suivons l'essentiel !
 +
Et d'ailleurs, on nous le dit bien : l'enfer est pavé de bonnes intentions.
 +
Si nous sommes confrontés à cette situation,
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et là c'est aussi bien une démarche personnelle
 +
que je ressens à cette occasion,
 +
qu'une démarche collective dans des mouvements sociaux,
 +
des mouvements citoyens auxquels je participe,
 +
un en particulier qui s'appelle « Les Jours Heureux »
 +
qui reprend ce flambeau extraordinaire
 +
qui était celui du thème du programme du Conseil National de la Résistance,
 +
qui était capable de dire, au cœur de la tragédie,
 +
au cœur de la nuit noire de l'Occupation,
 +
notre programme, nous allons l'appeler « Les jours heureux ».
 +
Toutes ces questions rassemblées,
 +
je me dis effectivement,
 +
nous ne pouvons avancer
 +
que si nous refusons d'un côté le divertissement -
 +
et, de toute façon, le divertissement nous est interdit
 +
à cause du défi écologique.
 +
Nous ne pouvons pas compenser, dans la boulimie de l'énergie,
 +
dans la boulimie de la consommation,
 +
donc la voie du futile, la voie de la course à la compétition,
 +
nous sera de plus en plus interdite.
 +
Donc il nous faut revenir à l'essentiel. Et revenir à l'essentiel, c'est dire :
 +
est-ce que nous sommes vraiment condamnés
 +
à ce que l'amour soit du côté de la chute,
 +
à ce que le bonheur soit du côté de l'ennui,
 +
à ce que le sens soit du côté de la guerre.
 +
Et là, je découvre, aussi bien dans ma vie personnelle
 +
que dans mes rapports avec les autres, dans ces mouvements collectifs,
 +
que nous ne sommes pas condamnés.
 +
Nous pouvons nous élever en amour.
 +
Nous pouvons vivre à la bonne heure,
 +
dans l'intensité de la présence à la vie.
 +
Nous pouvons faire de la pluralité des traditions de sens,
 +
une formidable chance pour l'humanité.
 +
Oui, mais à une condition essentielle.
 +
Cette condition,
 +
c'est de sortir de la logique de contrôle, de la logique de maîtrise.
 +
Pourquoi nous faut-il sortir de cette logique ?
 +
Prenez la question de l'amour.
 +
Si je veux maîtriser la personne que j'aime,
 +
si je veux la contrôler, si je veux en faire ma possession,
 +
eh bien,
 +
c'est ce que les Grecs appelaient, dans leur échelle d'amour, la pornéïa.
 +
La pornéïa, ce n'est pas de l'amour particulièrement hard sur le plan sexuel,
 +
c'est le fait de considérer l'autre comme un objet de possession.
 +
Si l'autre est objet de ma possession,
 +
je ne peux pas découvrir le mystère de l'autre,
 +
je suis dans le contrôle.
 +
C'est la même chose pour le bonheur.
 +
Si je veux contrôler la vie, si je veux la maîtriser,
 +
si je veux que le temps de vie soit en permanence
 +
un temps contrôlé, programmé, je suis incapable d'accueillir la vie.
 +
Je suis en permanence en tension, en tension avec un T :
 +
la tension de la course, la tension du stress,
 +
la tension de la programmation.
 +
Je ne peux pas être dans l'attention avec un A, l'attention de l'accueil,
 +
l'attention de la pleine présence, l'attention de la pleine conscience
 +
et qui, du même coup, est la source même de la joie,
 +
de la joie d'être profonde qui est une alternative,
 +
comme le disait le philosophe Spinoza, aux passions tristes.
 +
Et c'est la même chose pour le sens.
 +
Si je veux maîtriser, si je veux imposer mon sens à autrui, alors là, oui,
 +
je bascule, soit du côté de la peur,
 +
si j'ai peur du sens d'autrui, soit du côté de la domination,
 +
voire de la guerre, si je veux imposer mon sens.
 +
Inversement, si je considère comme une chance
 +
la pluralité des traditions de sens,
 +
que ce soit des traditions de sagesse, des traditions agnostiques,
 +
des traditions athées, des traditions spirituelles,
 +
des traditions religieuses, peu importe,
 +
à condition que ces traditions soient dans le respect,
 +
dans la tolérance, et dans le pluralisme.
 +
Parce qu'à ce moment-là, effectivement,
 +
dans le vivre ensemble des êtres humains,
 +
les questions du sens sont des questions essentielles
 +
parce que nous savons que nous allons mourir
 +
et par conséquent, vivre en sachant que nous allons mourir
 +
suppose que nous partagions cette question fondamentale :
 +
« Qu'est-ce que ça veut dire pour nous que vivre ? »
 +
Et dans ce chemin-là, comprendre à ce moment-là
 +
que la mort peut être une aide, parce que la mort est précisément
 +
ce qui va nous aider à choisir l'essentiel dans notre propre vie.
 +
« Vis comme, en mourant, tu aimerais avoir vécu »
 +
dit Confucius et dit aussi Sénèque.
 +
Alors, à ce moment-là, oui,
 +
la pluralité des traditions de sens est une chance.
 +
Eh bien, si tous ces éléments se trouvent rassemblés,
 +
alors je peux retrouver le meilleur de mon aspiration de 68,
 +
le meilleur de mon aspiration à changer le monde, à changer la vie.
 +
Mais, à condition de dire : « Je ne peux changer le monde
 +
que si je change mon rapport au monde.
 +
Je ne peux changer la vie que si je change mon propre rapport à la vie,
 +
que si je sors de la maîtrise, du contrôle,
 +
que si j'accepte d'accueillir la vie,
 +
que si j'accepte d'accueillir le mystère de l'autre dans l'amour. »
 +
Et si tous ces éléments sont réunis, je peux aussi accéder pleinement,
 +
non seulement à l'intime de la transformation personnelle,
 +
mais aussi au meilleur de la transformation collective,
 +
ce que le Forum Social Mondial de Porto Alegre avait appelé l'axe TPTS :
 +
Transformation Personnelle et Transformation Sociale collective
 +
ne s'opposent plus.
 +
Je peux être pleinement citoyen de ce peuple de la Terre,
 +
de cette formidable planète qui, dès que nous la voyons de l'espace,
 +
l'overview effect,
 +
prend tout d'un coup une image extraordinaire
 +
à la fois de beauté et de fragilité.
 +
Et je comprends que l'enjeu politique principal,
 +
c'est aussi celui d'exercer pleinement,
 +
comme le dit Alexandre Jollien, mon métier d'homme.
 +
Eh bien, si je réunis tous ces éléments oui, la question du bonheur,
 +
la question du bien vivre, redevient centrale et je peux dire,
 +
comme nous le disons au sein du collectif des Jours Heureux :
 +
choisir d'être heureux est un acte de résistance politique.
 +
Je vous remercie. (Applaudissements)</poem>
 +
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===Juillet 2014 - Forum [http://dialoguesenhumanite.org/ Dialogues en humanité]===
 
===Juillet 2014 - Forum [http://dialoguesenhumanite.org/ Dialogues en humanité]===
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